Comment comprendre la situation d’un enfant présentant un comportement difficile ?

Quels éléments mettre en question pour chercher des points d’intervention? Quels leviers de changement activer ?

Une situation n’est jamais linéaire, elle est toujours multifactorielle.

C’est la convergence de plusieurs facteurs de risque qui, en un temps donné, aboutit à l’apparition d’une souffrance chez l’enfant, traduite par des difficultés comportementales.

Troubles externalisés du comportement (TEC) : comportement opposant, agitation, impulsivité, désobéissance, provocation, agressivité…

Troubles internalisés du comportement (TIC) : anxiété et dépression.

Là où il ne parvient pas à dire ses émotions, l’enfant va présenter un comportement qui peut attirer l’attention de l’entourage sur sa difficulté.

Le comportement devient pour l’enfant un mode d’expression à part entière de sa souffrance et de son mal-être.

« Un enfant difficile a toujours quelque chose à nous dire… »
(Yapaka).

Le comportement a un sens, propre à chaque enfant et à chaque situation. Il est important de comprendre, l’analyser, y mettre du sens. Un enfant peut vite être réduit à son comportement problématique.

Ce phénomène entraîne chez lui honte, culpabilité, mésestime de soi.

Face à un enfant présentant un comportement difficile, nous, les adultes, cherchons souvent à faire disparaitre le problème de comportement.

Le comportement dérange, il est difficile à vivre pour l’enfant lui-même, pour nous, pour les autres enfants…

Cette réaction, bien naturelle, est parfois contre-productive si elle ne tient pas compte des différents aspects qui composent la situation.

Les leviers de changement sont souvent ailleurs, parfois là où on ne les attend pas…

Pour comprendre une situation, il est important de la lire selon quatre grands angles de vue :

  • L’individu, l’enfant
  • L’environnement
  • L’aspect épigénétique (éducation)
  • L’attachement

Pour chacun de ces angles de vue, il est important d’en relever les éléments constitutifs. Puis parmi ceux-ci, spécifier lesquels sont des facteurs de risque d’émergence ou de maintien d’un comportement difficile.

1. L’individu, l’enfant

Qui est cet enfant ? Eléments constitutifs

Pour mieux comprendre une situation de comportement difficile, il est d’abord important de tenir compte des caractéristiques de l’enfant.

  • Sa personnalité, son tempérament
  • Son âge et son stade de développement
  • Son état de santé
  • Ses capacités intellectuelles
  • Ses capacités langagières
  • Sa capacité à gérer ses émotions
  • Ses capacités d’autocontrôle en situation de stress
  • Son histoire et son vécu

Les facteurs de risque liés à l’individu

Certains facteurs liés à l’enfant lui-même peuvent faciliter l’émergence ou le maintien dans le temps d’un comportement difficile.

  • Les problèmes médicaux (épilepsie, affections somatiques, troubles de la vue, de l’ouïe etc…)
  • Le retard mental
  • Les difficultés de langage et d’expression
  • Un tempérament irritable de l’enfant (parfois déjà observable chez le bébé)
2. L’environnement

De quoi est constitué l’environnement de l’enfant ?

La famille

  • La composition familiale
  • Les relations intrafamiliales
  • Les rythmes à la maison
  • L’histoire de la famille
  • La situation socio-économique
  • Les pratiques éducatives
  • Le réseau de la famille
  • L’accès au jeu

L’école

  • La localisation de l’école
  • La taille de l’école, du groupe classe
  • Les objectifs et les moyens pédagogiques
  • Les relations avec les adultes
  • Les relations avec les pairs
  • Les rythmes scolaires
  • L’espace disponible

Autres

  • L’accès ou non à des activités extrascolaires (école de devoirs, plaines, activités sportives et culturelles, stages,…)
  • L’accès à une aide individuelle ou non
  • L’intégration dans d’autres groupes, formels ou informels (ex : le groupe des copains du quartier…)

L’accordage de l’environnement à l’individu

La notion d’accordage (goodness-of-fit) évalue dans quelle mesure l’environnement dans lequel évolue l’enfant s’accorde avec son tempérament (style éducatif, rythmes, milieu de vie…).

Un enfant avec un tempérament irritable ne présentera pas le même comportement selon l’environnement dans lequel il évolue.

Il convient donc d’analyser cette notion d’accordage et d’évaluer si un changement d’environnement peut s’avérer pertinent ou non (exemple d’un enfant plutôt irritable qui doit prendre un bus bondé et bruyant pendant une heure avant d’arriver à l’école : peut-on imaginer un autre moyen de réduire la durée et les désagréments du trajet ?).

Facteurs de risque liés à l’environnement

Certains facteurs liés à l’environnement de l’enfant peuvent faciliter l’émergence ou le maintien dans le temps d’un comportement difficile :

  • Un traumatisme dans l’histoire de la famille
  • Des pratiques éducatives inadaptées (voir à ce sujet le point 4 : « l’aspect épigénétique »)
  • Des rythmes inadaptés au stade de développement de l’enfant
  • Des rythmes inadaptés dans la réponse aux besoins de l’enfant
  • Des relations teintées d’agressivité, d’humiliation, de rejet
  • Le faible sentiment de compétence parentale.
    Comment le parent se perçoit-il dans son rôle ? A-t- il l’impression d’être compétent et adéquat ? Se sent-il valorisé dans son rôle ? On observe un lien   direct entre un faible sentiment de compétence parentale et l’émergence d’un comportement difficile chez l’enfant.
  • L’apparition de cercles vicieux :
    • Le comportement difficile de l’enfant conduit à une moins bonne intégration sociale et à des difficultés d’apprentissage. Ceci entraîne généralement une faible estime de soi de l’enfant, et vient renforcer négativement le comportement de l’enfant.
    • Les répercussions négatives d’un trouble du comportement sur l’entourage (adultes, pairs) aggravent les difficultés de l’enfant. Le regard que les adultes et les autres enfants posent sur l’enfant présentant un comportement difficile peut vite s’avérer enfermant et renforcer lui aussi le comportement problématique.
  • Le manque de contacts entre la famille et l’école. La présence des parents à l’école doit être encouragée et valorisée : inviter les parents, renforcer l’aspect « base de sécurité » formée par les parents et l’école.

La prévention passe par la collaboration entre les acteurs d’éducation qui gravitent autour de l’enfant (famille, école, accueil extrascolaire, services d’aide..).

3. L’aspect épigénétique

Il s’agit des facteurs liés à l’aspect éducatif.

Analyser le mode éducatif – Eléments constitutifs

  • La discipline (limites, cadre, modes d’application, sanctions,…)
  • L’instauration par les parents des routines quotidiennes ou non
  • La place accordée à l’affection
  • La place accordée aux activités de jeu
  • L’instauration par les parents des activités d’apprentissage
  • La gestion par les parents des relations fraternelles
  • L’ajustement des interventions des parents aux caractéristiques propres de l’enfant

Facteurs de risque

Un mode d’éducation trop contrôlant, avec des interventions parentales sévères, conflictuelles, coercitives… favorise l’émergence d’un comportement difficile.

Les pratiques éducatives de contrôle favorisent l’émergence ou le maintien d’un TEC : le manque d’implication parentale, de soutien, de renforcement positif, les punitions sévères ou inconsistantes, l’excès de contrôle négatif, l’inconsistance de la discipline, les récompenses matérielles, le fait d’ignorer l’enfant, …

Les pratiques éducatives de soutien favorisent une évolution positive d’un TEC : des pratiques autonomisantes, des règles claires et consistantes, un cadre sécurisant, du monitoring (aller à la rencontre de l’école, des autres acteurs du développement de l’enfant), de l’affection/soutien émotionnel, …

Au sein d’une même fratrie, des parents qui accordent des privilèges (temps, valorisation, reconnaissance…) à un des enfants renforcent le risque de comportement difficile chez les enfants lésés.

Néanmoins, le mode de fonctionnement parental peut être différencié, en fonction du profil de chacun de leurs enfants et de leurs besoins.

4. L’attachement

La question de la sécurité affective de l’enfant

La théorie de l’attachement explique dans quelle mesure le bébé et son parent vont, dès les premières interactions, s’accorder, permettant ainsi une réponse la plus appropriée du parent aux besoins de l’enfant.

Dans les situations où cet accordage se passe plutôt bien, l’enfant grandit en acquérant un bon niveau de sécurité interne : « je sais que, si j’ai un besoin ou un problème, je peux me tourner vers mon parent, ou vers un adulte qui s’occupe de moi ».

D’autres situations sont plus complexes, et l’enfant acquiert un niveau plus ou moins élevé d’insécurité : on parle alors d’attachement insécure.

L’adulte n’est pas parvenu à apporter à l’enfant des réponses suffisamment adéquates à ses besoins, en ce compris les besoins affectifs de protection et de sécurité.

L’enfant éprouve alors des difficultés à « utiliser » l’adulte pour s’apaiser efficacement en situation de stress, car il n’a pas confiance en l’adute.

Pour une information plus détaillée (voir la fiche objectif 1).

Facteurs de risque : l’attachement désorganisé

L’attachement insécure (et plus particulièrement l’attachement insécure désorganisé) et le comportement difficile sont intimement liés. Le comportement représente souvent une façon pour l’enfant de dire sa souffrance et sa difficulté à s’apaiser en cas de détresse.

Les enfants qui présentent un attachement insécure désorganisé ne semblent pas avoir de stratégie cohérente pour gérer le stress, ils recherchent la proximité et tout de suite après évitent le contact.

Il est très compliqué pour eux de trouver un apaisement.

Ils sont très sensibles au manque de respect et se vivent comme sans valeur.

Ils présentent des sentiments intenses de colère qui peuvent se manifester par de l’agressivité et de la violence.

Ils éprouvent de grandes difficultés à se concentrer (ils sont en alerte constante et développent une hypervigilance qui les empêche de se concentrer sur la tâche scolaire) et à faire confiance à l’adulte.